Saint-Venant. L’État et l’établissement Lys-Yser (ex-SYMSAGEL) ont lancé le curage de la Vieille Lys cet été. Des agriculteurs riverains bloquent le ch antier, refusant le passage sur leurs propriétés. L’État a exhumé une loi de 1892 pour leur forcer la main mais ils attaquent les arrêtés au tribunal.
Les inondations de novembre 2023 et janvier 2024 ont remis l’aménagement des cours d’eau sur le devant de la scène. L’État a débloqué des fonds pour la « restauration hydromorphologique » de la Vieille Lys sur 11 kilomètres, déclarée d’intérêt général par un arrêté interpréfectoral – Nord et Pas-de-Calais – d’octobre 2025.
Le projet de l’EPTB Lys-Yser
L’Établissement public territorial de bassin (EPTB) Lys-Yser (ex-SYMSAGEL), maître d’ouvrage, prévoit de resserrer le lit mineur de la rivière, de mettre en place des banquettes de vase végétalisées le long des berges pour dessiner des méandres et de reprofiler les berges en pente douce pour les renforcer. Cette technique innovante promet d’accélérer le débit de l’eau, ce qui améliorerait le fonctionnement en crue, limiterait les dépôts sédimentaires, favoriserait l’autocurage et améliorerait la qualité de l’eau. Après les travaux, l’agglo sera chargée de leur entretien.
Pour l’heure, la phase 1 concerne deux tronçons sur la partie domaniale de la Vieille Lys et l’aval de la Lacque, pour un total de 5 kilomètres, entre Saint-Floris et Merville (Nord) d’une part et entre Saint-Venant et Aire-sur-la-Lys d’autre part. Financés par l’agence de l’Eau Artois-Picardie (80 %) et l’établissement Lys-Yser (20 %), ces travaux s’élèvent à 3,3 M€ TTC (2,8 M€ HT), dont 1,08 M€ du côté de Saint-Venant.
Des résistances
sur le terrain
Mi-octobre, le sous-préfet de l’arrondissement de Béthune, Sébastien Bécoulet, se félicitait de l’avancement des travaux, lancés le 15 juillet. Pourtant, le chantier est à l’arrêt : les deux tronçons prioritaires traversent 302 parcelles et parmi les 152 propriétaires concernés, 33 refusent l’accès de leur terrain aux engins.
Sur le tronçon de la Vieille Lys compris entre le hameau d’Houleron à Aire et le Pont Bleu à Saint-Venant (1,78 km), ils sont 17 réfractaires. « On dit qu’on est contre les travaux mais c’est faux, proteste l’un d’eux. Simplement, on veut des travaux qui aient du sens. On propose de planter des pieux le long de la berge et de déverser derrière les sédiments récupérés dans le lit de la rivière, tout en la laissant rectiligne. Le SYMSAGEL estime que ce n’est pas assez ambitieux mais nous, on a le sentiment que les autorités partent de l’enveloppe pour définir un projet au lieu de partir des besoins du terrain. »
Il s’interroge également sur la quantité de matériaux nécessaire au méandrage, qui doivent venir de la rivière. Il n’est pas le seul à tiquer : « Les modalités d’approvisionnement et la nature des matériaux de comblement restent à préciser. Le comblement semble illégal et ce point doit être éclairé », exige le groupe d’opposition « Ensemble pour Saint-Venant » sur sa page Facebook.
Pas de convention,
pas de travaux
Au-delà de la nature des travaux, les riverains remettent en cause la méthode. « La réalisation des aménagements dans le lit majeur et sur les berges est soumise à l’approbation des propriétaires, stipule l’arrêté de déclaration d’intérêt général (article 3). Des conventions signées avec les propriétaires font état des choix retenus. » « Les accès depuis les parcelles privées sont intégrés aux conventions des propriétaires concernés », précise-t-il plus loin (art. 8).
Or, les propriétaires réticents affirment n’avoir signé aucune convention. « Les propriétaires n’ont pas été informés des travaux réalisés sur leurs parcelles, qui ont été effectués sans autorisation pendant deux mois et demi. » Notre interlocuteur note par ailleurs que les travaux de terrassement et de décapage réalisés sur les parcelles auraient détérioré des réseaux de drainage agricole, ce qui pourrait perturber l’évacuation des eaux de ruissellement.
Pour sortir de l’impasse, la préfecture du Pas-de-Calais a pris un nouvel arrêté, daté du 14 octobre 2026, « portant autorisation d’occupation temporaire des propriétés privées au titre de la loi du 29 décembre 1892 ». Le sous-préfet espérait ainsi débloquer la situation rapidement mais les frondeurs ont pris un avocat pour assigner l’établissement Lys-Yser, la préfecture et l’agglo devant le tribunal administratif.
Outre l’absence de convention, ils s’appuient sur un flou dans la dénomination des cours d’eau. Les deux arrêtés n’évoquent que « deux secteurs de la Vieille Lys » mais le cours d’eau sur lequel les travaux ont été réalisés serait en fait… la Lacque. « C’est écrit noir sur blanc sur le cadastre », assure notre interlocuteur. La Vieille Lys se situerait, elle, de l’autre côté de la Lys canalisée. Le tribunal administratif statuera. D’ici là, au moins une partie des propriétaires riverains assisteront au conseil municipal aujourd’hui, au cours duquel l’opposition pourrait interpeller le maire à ce sujet.◼